L’intérêt de ce film en tant que voyage de retour est ma nécessité de réfléchir à mon identité et de transmettre cette question au spectateur. Je me confronte au retour mais en même temps à la découverte, non seulement du Palenque de San Basilio mais aussi au fait même de revenir, de rentrer «autrement», avec la nostalgie et l’amertume de l’émigrant mais aussi avec mon besoin de filmer.

Il me paraissait important de faire ce film comme un carnet de voyage, comme quelque chose qui n’était pas tout à fait rédigé que se construisait au fur et à mesure que le voyage se déroulait. C'était important pour moi de vivre mon pays pendant le séjour d'une manière différente, de transmettre en images mes impressions du voyage, de la découverte de Palenque mais aussi, malgré moi, de la situation actuelle de la Colombie et de l'écart qu'il pouvait exister entre ce pays que je retrouvais et moi. Revenir au pays tout en construisant quelque chose pour lui, pour moi, mais aussi pour mon pays d'accueil.
Les lieux et les envies étaient écrits mais c’étaient surtout l’expérience et le ressenti pendant le voyage qui allaient guider le parcours. D’où, en partie, le fait d’avoir filmé avec du matériel très léger. Je voulais non seulement donner au film un ton d’essai, mais aussi faire des outils amateurs des véritables dispositifs pour se raconter, comme je l’avais appris en France.
Palenque est le moyen par lequel je me réintègre à la vie en Colombie, pour justifier mon départ et offrir à mon pays de naissance un peu de ce que j’ai pu apprendre en France. Ce projet est né de la nécessité de rattraper le temps et de retrouver une place dans le pays qui est toujours le mien mais dans lequel j’avais perdu ma place.
Un texte d’Alain Bergala m’a aidé à éclaircir mon besoin dans ce film et sa fonction réparatrice vis-à-vis de mon expérience d’immigrante en France et d’émigrante colombienne. Palenque est mon besoin de me raconter à travers la découverte de mon pays après six années passées en France.
Ce film est une recherche de moi comme personnage et comme réalisatrice où j’essaye d’assumer ce rôle et surtout ce besoin d’exposer ma nostalgie et la complexité de la double culture.


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Alain Bergala. «Si «je» m’était conté» In Je est un film. Acor, Saint-Sulpice-sur-Loire, 1998.



          
Quartier "La Candelaria" Bogota                                                      Maisons d'une rue de Carthagène




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